Au checkpoint, un jeune homme d’une vingtaine d’années est entouré par quatre soldats. Il est à genoux par terre et ses poignets sont attachés. J’aperçois deux « collègues » de l’organisation TIPH (Temporary International Presence in Hebron) et leur demande s’ils sont au courant de ce qu’il se passe. Ils me répondent que selon un des soldats, une dame est tombée dans la rue et le jeune homme l’a aidée à se relever. Un autre soldat a ri et le jeune homme s’est naturellement énervé… Raison pour laquelle il se trouve à présent dans cette posture. La police arrive 10 minutes plus tard, mais on nous demande de partir. Je ne connais donc pas la fin de l’histoire. Pathétique, non...?

Je me rends compte petit à petit que ce genre de situations, aussi absurdes qu’elle peuvent paraître, rythment le quotidien des Palestiniens vivant sous occupation israélienne. A ce titre, une histoire tout aussi triste me revient à l’esprit. Hashem, un de nos amis vivant non loin de Cordoba School avec sa femme et ses trois enfants, a dû transporter le corps de son père décédé à travers le checkpoint. Les soldats ont retenu Hashem plus d’une heure et ont même inspecté le cadavre pour être sûr qu’il ne représente aucun danger.
Bienvenue à Hébron. « Welcome to Hell »…
14:00 – Cet après-midi, nous allons rendre visite à la famille Qanabi qui habite une belle et vieille maison au cœur du Vieux Souk. La mère nous accueille chaleureusement : « Ahlan wa Sahlan », bienvenue ! Ses connaissances d’anglais équivalent plus ou moins mes notions d’arabe, ce qui rend la conversation un peu difficile… Heureusement, l’une de nos contacts dans le Vieux Souk nous accompagne et nous fait la traduction. Je commence à mieux comprendre pourquoi nous essayons de rendre régulièrement visite à cette famille.

Leur maison se trouve près de bâtiments colonisés. Tellement près, même, que si l’on ouvre la fenêtre de la pièce principale et que l’on tend le bras, on arrive presque à atteindre le mur de la maison d’en face, occupée par des colons. En raison de cette proximité, les membres de la famille sont constamment sous pression. Les jets de pierres de la part des colons sont récurrents. Madame Qanabi nous explique aussi que lorsqu’elle était enceinte, un colon l’a poussée dans les escaliers. Heureusement, il n’y a eu aucune conséquence pour le bébé. La présence de soldats autour et à l’intérieur de la maison est également fréquente. Lors d’incursions nocturnes, en plus de terrifier parents et enfants, ils laissent l’appartement sens dessus dessous.
Nous quittons Madame Qanabi quelque peu abassourdis… Ce n’est pourtant pas la première fois que nous entendons ce genre d’histoires. Malheureusement.
15 :30 – Nous rentrons à l’appartement pour mettre par écrit tout ce que nous avons observé et entendu aujourd’hui. C’est parfois frustrant de ne pas pouvoir faire grand-chose d’autre que raconter ce qui se passe… On se sent souvent démunis, impuissants. Puis on entend des gens nous dire : « grâce à vous, nos histoires voyagent ». Et l’on se dit que tout ceci n’est pas vain…
17 :00 - Nous descendons boire une tasse de thé chez Samir, le propriétaire de notre appartement. A 71 ans, il est toujours aussi jovial et dynamique. Et surtout, il embrasse tous ceux qui passent le pas de sa porte, homme ou femme, même s’il ne les connaît pas. C’est assez rare dans la culture palestinienne… c’est comme ça chez Samir !

18 :00 - Nous finissons la journée sur notre balcon autour d’une chicha. On met une orange à la place du réceptacle en terre cuite… Avez-vous déjà essayé ? Je vous le conseille !
Bienvenue à Hébron. Welcome to the reality of the Occupied Palestinian Territories.

Enfin des témoignages sur le terrain qui contrastent avec les informations chocs aux titres accrocheurs d'une certaine presse romande...
RépondreSupprimerTes photos nous montrent bien que la vie continue, avec fleurs et sourires, malgré les tracas quotidiens.
Bises,
Cathy Lea