Hébron n’a rien d’un rêve palpitant et pourtant, c’est bien la fin d’une expérience incroyable que cet appel à la prière semble annoncer. Et c’est frustrant pour plusieurs raisons : je n’ai pas vu le temps passer, je n’ai pas tenu mon blog à jour aussi régulièrement que prévu, je n’ai pas pu répondre à toutes les invitations à dîner qui m’ont été faites…
… et puis c’est seulement maintenant que l’on commence à établir un véritable contact avec la population et qu’une certaine complicité s’installe entre elle et nous.
Je n’ai rien pu faire lorsque une bande de colons a mis le feu à la tente dans laquelle on dort tous les vendredis, dans le village de Susiya au Sud d’Hébron. Je ne peux pas empêcher Jamil, 16 ans, d’être détenu 4 heures à un checkpoint parce qu’il transporte un "colis suspect" (des ustensiles de cuisine en réalité). Je ne peux pas m’assurer que Raghad ne sera plus jamais la cible de jets de pierre lorsqu’elle se rend à l’école, ni que son petit frère puisse jouer au foot en toute sécurité dans le jardin. Je suis pratiquement sûre que des colons vont à nouveau mettre le feu à l’appartement où vit Saïd et sa famille et jeter des seaux d’eau et d’urine aux commerçants du Vieux Souk.
Je n’ai pas été en mesure d’emmener Sundus et Ishraq à la plage de Tel Aviv, ni Yahia à Jérusalem. Ils n’y mettront d’ailleurs certainement jamais les pieds, en raison d'un système de permis injuste et très compliqué.
Et oui, tout ceci est frustrant. J'ai pourtant passé des moments formidables en compagnie de tous ces gens et c’est ce dont je vais me souvenir, ce qui va me manquer. Lorsqu’ils me remercient pour le travail qu’on fait, je rectifie immédiatement : « Non, merci à vous. Vous m’apportez bien plus que ce que moi je peux vous apporter ». Je le pense vraiment.
Un collègue me disait cet après-midi : « Ne trouves-tu pas inquiétant le fait que tu te sentes si bien à Hébron ? » Je n’ai pas trop su quoi répondre. En effet, pour les gens qui y vivent, Hébron est un enfer et peut-être bien que je devrais avoir honte de m’y plaire… mais ce n’est pas à l’ordre du jour.
Dès demain, je vais me retrouver à Yanoun, un petit village dans la région de Naplouse, au Nord de la Cisjordanie. Et tout sera à recommencer : il va falloir que je m’adapte à un nouvel environnement, que je rencontre de nouvelles familles… J’espère trouver l’énergie nécessaire pour m’engager autant que je l’ai fait à Hébron. Je sais que ça va être dur, mais je sais aussi que si j’y arrive, je serai récompensée.
Toute bonne chose a donc une fin, toute expérience hors du commun également. Si au moins je pouvais en dire autant de l’occupation de ce bout de terre soit disant « sans peuple »…
Ana khalilyyia. Aywa.

Ton sentiment de frustration est bien compréhensible mais essaie de te rappeler que tu as fait au mieux avec les moyens à disposition. A Yanoun, il y a aussi des enfants qui ne verront peut-être jamais la mer, des maisons qui risquent d'être incendiées...
RépondreSupprimerOn se réjouit d'en savoir plus sur ce nouveau site.
Alors, courage et bon début à Yanoun.
Cathy
Salut Super Jo,
RépondreSupprimerMême si ce Blues d'Hebron te laisse un goût d'inachevé, merci pour cette goutte d'eau sur cette terre d'enfer.
Même si ce matin cette goutte ressemble à une larme dans cet océan de problèmes et d'injustices, tu auras fait, à ta façon et avec tes moyens, avancer un peu le Schmilblick...