mercredi 15 juillet 2009

Susiya: Un petit village palestinien qui résiste encore et toujours à l'envahisseur - Partie 1

Une nuit de juin, à 4 heures du matin, Yahia, Abed et Ibrahim dorment tranquillement dans l’une des tentes de Susiya, un village situé dans les collines au Sud d’Hébron, lorsqu’ils sont réveillés par une soudaine sensation de chaleur et une vague odeur de fumée. Ils se rendent vite compte qu’un coin de toile est en feu et que celui-ci s’étend petit à petit aux matelas et aux couvertures. Ils arrivent à sortir de la tente et à éteindre le sinistre avec l’aide d’autres villageois. Bien qu’ils n’aient vu personne distinctement, ils savent très bien qui est à l’origine de ce feu : « C’est un coup des colons, il n’y a pas de doute », m’explique Yahia par téléphone.
A 5 heures du matin, les trois jeunes hommes se rendent au poste de police israélien de Qyriat Arba, près d’Hébron : « On a fait notre déposition, mais la police ne va pas nous aider. Cette histoire est terminée », poursuit Yahia.




C’est typique… La police classe l’affaire sous prétexte qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit alors qu’en 2001, lorsqu’un colon qui vivait près de Susiya est tué, tous les Palestiniens du village sont violemment expulsés de leurs habitations et un grand nombre d’entre eux sont arrêtés… sans qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit !

L’événement de cette nuit de juin est loin d’être isolé. Depuis le début des années 80, lorsque les premiers colons s’établissent dans la région, les habitants de Susiya font régulièrement face à ce genre d’actes criminels et autres formes de violence.


Un village sous tension depuis des années

Aux alentours de 1830, de nombreuses familles palestiniennes vivant dans des villages au Sud d’Hébron sont frappées par la pauvreté et sont forcées de quitter leur maison. Elles achètent alors des terres dans les environs et y construisent des grottes dans lesquelles elles vivent été comme hiver. Ces familles développent un mode vie particulier essentiellement basé sur l’agriculture et l’élevage de moutons, que les générations suivantes vont perpétuer.

L’occupation progressive de la Cisjordanie par Israël dès 1967 a malheureusement des conséquences fâcheuses pour les villageois de Susiya : le gouvernement israélien leur confisque leurs terres petit à petit afin d’y établir des bases militaires et des zones d’entraînement pour l’armée puis, au début des années 1980, les premières colonies.

En 1985, l’armée israélienne prend le contrôle d’un site « prétendument » archéologique qui abriterait les restes d’une synagogue très ancienne. Le gouvernement israélien décide d’en faire un parc national, ce qui provoque l’expulsion d’une soixantaine de familles palestiniennes vivant dans des grottes aux alentours du site. Ne sachant trop où aller, ces familles n’ont d’autre choix que de s’établir dans une zone à 500m de la colonie la plus proche. C’est alors que commence une longue série d’expulsions, de destructions d’habitats et d’agressions à l’encontre des Palestiniens.


L'une des dernières grottes de Susiya


La stratégie du gouvernement israélien, relayée par les colons, est claire : il s’agit de vider toute cette région de sa population palestinienne en grignotant progressivement ses terres et en multipliant les persécutions à son égard.

La plus grave des expulsions a lieu en juillet 2001, suite à la mort d’un colon près de Susiya. Elle s’accompagne de nombreuses arrestations et de la démolition de la plupart des grottes du village. Par-dessus le marché, l’armée israélienne interdit formellement aux villageois déplacés de reconstruire leurs habitations. Malgré la pression exercée par des groupes d’activistes israéliens et le soutien du Comité International de la Croix Rouge, les habitants de Susiya ne sont pas en mesure d’infléchir cette décision auprès des tribunaux israéliens et sont désormais contraints à vivre dans des tentes.

Aujourd’hui, malgré ses airs de camp de réfugiés, le village de Susiya est bien structuré et organisé. Pourtant, les quelques familles qui y vivent espèrent toujours pouvoir y construire, à terme, des structures permanentes.


A suivre

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