Cette histoire illustre bien les abus régulièrement commis par les forces armées israéliennes au nom de la « sécurité nationale » ainsi que le manque de transparence des sources d’information et médias israéliens.
Hammam était un jeune homme sans histoire, venant d’une famille plutôt aisée et cultivée. Il était en dernière année de lycée. Très indépendant, il travaillait dans le magasin familial en-dehors des heures de cours pour gagner un peu d’argent. Hammam rêvait de devenir dentiste.
Il allait souvent à la mosquée pour prier et connaissait par cœur les deux tiers du Coran. A posteriori, c’était là son seul crime…
Dans les jours qui ont suivi le meurtre, deux versions de l’histoire ont été mises en avant par le porte-parole de la police israélienne, relayées par la chaîne de télévision israélienne Channel 10. Premièrement, il a été déclaré que Hammam s’était emparé de l’arme d’un des soldats, version qui a été démentie par la suite. Si le rapport de police en hébreu fait clairement mention d’une erreur commise par les forces armées israéliennes, aucune excuse n’a été faite à la famille du défunt.
Selon la deuxième version de l’histoire, les soldats auraient ouvert le feu car Hammam continuait à monter les escaliers alors qu’on lui avait donné l’ordre de s’arrêter.
Enfin, il a été admis qu’Hammam n’a jamais reçu d’ordre de la part des soldats et que l’unique raison pour laquelle on lui a tiré dessus est qu’il courait en direction de l’entrée de la mosquée.
Il est difficile de savoir exactement ce qui s’est passé ce soir-là, puisque aucune réelle enquête n’a été engagée par la police israélienne. La famille de Hammam elle-même, que nous avons rencontrée dix jours après le meurtre du garçon, cherche encore à connaître la vérité. Malheureusement, tous les rapports de police sont en hébreu et difficilement traduisibles. Quant aux caméras de surveillance placées autour de la Mosquée, elles sont confidentielles et à l’usage de l’armée et de la police israéliennes uniquement.
Il s’agit donc bel et bien d’une bavure. En effet, comment Hammam a-t-il pu passer les deux premiers checkpoints régulant l'accès à la Mosquée d’Ibrahim, chacun équipé d’un détecteur de métal, et être toujours considéré comme un danger justifiant qu’on ouvre le feu à plusieurs reprises dans sa direction ? Naturellement, tout ce que la police a pu trouver à sa ceinture est un exemplaire du Coran et non un couteau ou une arme à feu.
Le second des trois checkpoints donnant accès à la Mosquée d'Ibrahim
Hammam a-t-il été tué par erreur, par excès de zèle ou à dessein ? S’il est difficile de répondre à cette question, on sait par contre que cette histoire n’est pas un cas isolé. Chaque semaine, plusieurs incidents comme celui-ci sont recensés en Cisjordanie, conséquences de l’occupation israélienne des territoires palestiniens.
Enfin, voici une anecdote triste et amusante à la fois, qui amène à réfléchir : au moment où son fils Hammam se faisait tuer sur les marches de la Mosquée d’Ibrahim par l’armée israélienne, Cheikh Mohammed Bassam Nasserdine participait à une conférence en Jordanie. Son discours avait pour objectif de redonner une image positive de l’Islam, salie par une minorité d’extrémistes qui l’instrumentalise afin de justifier leurs actes meurtriers. Et alors même qu’il s’efforçait d’expliquer à son audience que tous les Musulmans ne sont pas des terroristes, son fils de 19 ans, inconnu des services de police et de l’armée israéliennes, était traité comme l’un d’entre eux…
Le père de Hammam (au centre), deux oncles et deux cousins





