jeudi 23 juillet 2009

Susiya: Un petit village palestinien qui résiste encore et toujours à l'envahisseur - Partie 2

« Barcelona or Manchester» ?!

Comme chaque samedi matin, je prends le petit déjeuner avec la famille de Yahia. Ils sont onze (les parents et neuf enfants) à vivre dans l’une des rares grottes qui n’a pas été détruite par l’armée israélienne ou les colons. Il fait sombre à l’intérieur et il y règne une forte odeur de chèvre … J’ai mis du temps à m’y habituer mais j’y suis finalement arrivée. Et puis ils ont réussi à me convaincre que « ce qui est bien là-dedans c’est qu’il fait chaud en hiver et frais en été ».

Kusai (11 ans) et sa sœur Wafa (12 ans) me tirent par le bras : « Play football ? » Oh… « Chwaye, un peu ». J’essaie de leur expliquer que je n’ai pas franchement la passion du foot mais il est trop tard, me voilà déjà avec un ballon aux pieds. Heureusement, mes deux footballeurs de collègues me sauvent la mise… pour cette fois ! Kusai coure vers eux : « Barcelona or Manchester » ? Mercredi prochain, c’est la finale de la Ligue des champions et tout le monde ne parle que de ça ! Quelques autres enfants nous rejoignent et le jeu peut commencer.

Le football est un langage universel. Je parle anglais, tu parles arabe, on parle football. Non seulement parce que Cristiano Ronaldo se prononce de la même manière dans toutes les langues mais aussi parce que ce sport déclenche des passions communes. Pourquoi, je n’en sais rien… Ce qui est sûr c’est que je n’oublierai jamais les rires qu’on a partagés sur et autour de ce terrain sablonneux et caillouteux, auquel on a d’ailleurs eu bien du mal à s’habituer !



Paradoxalement, le football peut aussi être considéré comme un sport pacifique, vecteur de tolérance. Oublions un instant les hooligans, les comportements racistes, les montants scandaleux de certains transferts...

Playing for peace, c’est l’appellation non officielle de l’équipe de football junior de Susiya. Elle regroupe une trentaine d’enfants de moins de 15 ans, garçons et filles, qui s’entraînent généralement le samedi matin. Yahia, 22 ans, est leur coach : « L’année passée, on a été invité par un club de Tel Aviv. On n’a pas joué contre les enfants israéliens mais avec eux, on a mélangé les équipes. C’était vraiment chouette. Attends… je vais te montrer des photos ». Sur ces photos, des enfants qui jouent au foot, mais aussi et surtout des gosses s’amusant sur un bateau. Et la mer. Yahia poursuit : « La plupart d’entre eux voyaient la mer pour la première fois. Moi aussi, d’ailleurs ! ». Cette année, l’équipe est invitée par un club de Netanya, une station balnéaire au nord de Tel Aviv. Yahia se marre en regardant les enfants : « Bon… Il y a encore du boulot » !



Dessine moi un mouton (et laisse le paître)

A Susiya, lorsqu’on ne joue pas au football et qu’on ne boit pas le thé avec les villageois, on accompagne les bergers et leurs moutons dans les champs. Le village de Susiya se situant en « Zone C », c'est-à-dire sous contrôle israélien total, les confrontations entre ces bergers et l’armée sont fréquentes. Les deux soldats postés sur la colline surplombant le village accourent dès qu’un troupeau s’approche. Jamal en a fait l’expérience un millier de fois : «Ils me crient dessus et m’ordonnent de m’en aller, parce que je suis soi disant trop près de la colonie. Je leur réponds que ce sont mes terres, mais ils s’en fichent. Le problème c’est que je ne sais plus où emmener les moutons, bientôt il n’y aura plus assez à manger pour eux ici ». Un jour, j’ai essayé de parler à l’un des soldats, mais c’est mission impossible : « Si tu me dis que tu agis comme ça parce que tu a des ordres à suivre, je comprendrais » finis-je par lui dire. « Ce n’est pas le problème. Tu ne sais pas de quoi tu parles. Ce ne sont pas ses terres à lui, ces terres appartiennent à Israël », me répond cette jeune fille d’à peine 20 ans. A quoi bon insister ?



A terme, si les bergers ne peuvent plus accéder à leurs terres pour y faire paître leurs moutons, cette activité risque bien de disparaître. Raison pour laquelle de plus en plus de jeunes de Susiya tentent de trouver du travail à Yatta, la ville palestinienne la plus proche ou, pour ceux qui n’ont pas peur de travailler au noir, en Israël… qui est à moins de 10 km, après tout.











A la belle étoile…

Les soirées à Susiya sont assez magiques : des couchers de soleil splendides, le ciel étoilé…
On mange avec les familles du village, on joue aux cartes, on discute, on pratique nos deux ou trois phrases d’arabe. On s’amuse même sur Facebook lorsque, ô comble de l’ironie, la connexion sans fil de la colonie voisine le permet.
En plein été, quand il fait trop chaud sous la tente (ou lorsque celle-ci a été incendiée…) c’est agréable de dormir dehors, sous les étoiles. J’ai l’impression d’être en camping, j’oublie un instant que je me trouve entre une colonie et une base militaire, qu’une patrouille de soldats ou une bande de colons peut surgir à tout moment…



Un matin d’avril, les habitants de Susiya se sont réveillés et ont constaté qu’une caravane avait fait son apparition pendant la nuit, à environ 200 mètres du village. Ce genre d’avant-postes établis illégalement par les colons se multiplient de manière effrayante dans les collines au Sud d’Hébron. Ils sont aussi la preuve qu’il y a encore un chemin immense à parcourir avant que l’on puisse réellement parler de gel des colonies qui, à l’heure actuelle, continuent à pousser comme des champignons. Pour les habitants de Susiya, l’apparition de nouveaux avant-postes et autres structures destinées aux colons prédit davantage d’expropriation de terres et de persécutions.

Je ne suis pas particulièrement superstitieuse mais je me dis que si j’aperçois une étoile filante lors de ma prochaine et dernière nuit à Susiya, je devrais peut-être essayer de faire un vœu. Le vœu que lorsque je reviendrai ici, dans quelques années, la caravane postée près du village n’ait pas donné naissance à une nouvelle colonie. Et aussi le vœu que les tentes se soient transformées en véritables maisons.

Sait-on jamais !




Informations tirées du rapport Susiya Village : 5th Demolition Looming, 30th June 2007 par Christian Peacemaker Team (CPT)

mercredi 15 juillet 2009

Susiya: Un petit village palestinien qui résiste encore et toujours à l'envahisseur - Partie 1

Une nuit de juin, à 4 heures du matin, Yahia, Abed et Ibrahim dorment tranquillement dans l’une des tentes de Susiya, un village situé dans les collines au Sud d’Hébron, lorsqu’ils sont réveillés par une soudaine sensation de chaleur et une vague odeur de fumée. Ils se rendent vite compte qu’un coin de toile est en feu et que celui-ci s’étend petit à petit aux matelas et aux couvertures. Ils arrivent à sortir de la tente et à éteindre le sinistre avec l’aide d’autres villageois. Bien qu’ils n’aient vu personne distinctement, ils savent très bien qui est à l’origine de ce feu : « C’est un coup des colons, il n’y a pas de doute », m’explique Yahia par téléphone.
A 5 heures du matin, les trois jeunes hommes se rendent au poste de police israélien de Qyriat Arba, près d’Hébron : « On a fait notre déposition, mais la police ne va pas nous aider. Cette histoire est terminée », poursuit Yahia.




C’est typique… La police classe l’affaire sous prétexte qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit alors qu’en 2001, lorsqu’un colon qui vivait près de Susiya est tué, tous les Palestiniens du village sont violemment expulsés de leurs habitations et un grand nombre d’entre eux sont arrêtés… sans qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit !

L’événement de cette nuit de juin est loin d’être isolé. Depuis le début des années 80, lorsque les premiers colons s’établissent dans la région, les habitants de Susiya font régulièrement face à ce genre d’actes criminels et autres formes de violence.


Un village sous tension depuis des années

Aux alentours de 1830, de nombreuses familles palestiniennes vivant dans des villages au Sud d’Hébron sont frappées par la pauvreté et sont forcées de quitter leur maison. Elles achètent alors des terres dans les environs et y construisent des grottes dans lesquelles elles vivent été comme hiver. Ces familles développent un mode vie particulier essentiellement basé sur l’agriculture et l’élevage de moutons, que les générations suivantes vont perpétuer.

L’occupation progressive de la Cisjordanie par Israël dès 1967 a malheureusement des conséquences fâcheuses pour les villageois de Susiya : le gouvernement israélien leur confisque leurs terres petit à petit afin d’y établir des bases militaires et des zones d’entraînement pour l’armée puis, au début des années 1980, les premières colonies.

En 1985, l’armée israélienne prend le contrôle d’un site « prétendument » archéologique qui abriterait les restes d’une synagogue très ancienne. Le gouvernement israélien décide d’en faire un parc national, ce qui provoque l’expulsion d’une soixantaine de familles palestiniennes vivant dans des grottes aux alentours du site. Ne sachant trop où aller, ces familles n’ont d’autre choix que de s’établir dans une zone à 500m de la colonie la plus proche. C’est alors que commence une longue série d’expulsions, de destructions d’habitats et d’agressions à l’encontre des Palestiniens.


L'une des dernières grottes de Susiya


La stratégie du gouvernement israélien, relayée par les colons, est claire : il s’agit de vider toute cette région de sa population palestinienne en grignotant progressivement ses terres et en multipliant les persécutions à son égard.

La plus grave des expulsions a lieu en juillet 2001, suite à la mort d’un colon près de Susiya. Elle s’accompagne de nombreuses arrestations et de la démolition de la plupart des grottes du village. Par-dessus le marché, l’armée israélienne interdit formellement aux villageois déplacés de reconstruire leurs habitations. Malgré la pression exercée par des groupes d’activistes israéliens et le soutien du Comité International de la Croix Rouge, les habitants de Susiya ne sont pas en mesure d’infléchir cette décision auprès des tribunaux israéliens et sont désormais contraints à vivre dans des tentes.

Aujourd’hui, malgré ses airs de camp de réfugiés, le village de Susiya est bien structuré et organisé. Pourtant, les quelques familles qui y vivent espèrent toujours pouvoir y construire, à terme, des structures permanentes.


A suivre

vendredi 3 juillet 2009

Hebron Blues

J’ai toujours trouvé super frustrant la manière dont un rêve s’achève au moment même où il commence à devenir palpitant. Le tonnerre gronde, le chat miaule, le réveil sonne… ou l’appel à la prière retentit du haut du minaret de la mosquée du quartier. Il est 4h du matin et c’est la dernière fois que j’entends « Allah Akbar ». Il y a trois mois, l’impression d’avoir un haut parleur à plus de 93db à côté de mon lit m’irritait. Puis je m’y suis habituée. A présent je ne l’entends qu’une ou deux fois par semaine. Ce matin, j’ai un petit pincement au cœur.

Hébron n’a rien d’un rêve palpitant et pourtant, c’est bien la fin d’une expérience incroyable que cet appel à la prière semble annoncer. Et c’est frustrant pour plusieurs raisons : je n’ai pas vu le temps passer, je n’ai pas tenu mon blog à jour aussi régulièrement que prévu, je n’ai pas pu répondre à toutes les invitations à dîner qui m’ont été faites…

… et puis c’est seulement maintenant que l’on commence à établir un véritable contact avec la population et qu’une certaine complicité s’installe entre elle et nous.

Je n’ai rien pu faire lorsque une bande de colons a mis le feu à la tente dans laquelle on dort tous les vendredis, dans le village de Susiya au Sud d’Hébron. Je ne peux pas empêcher Jamil, 16 ans, d’être détenu 4 heures à un checkpoint parce qu’il transporte un "colis suspect" (des ustensiles de cuisine en réalité). Je ne peux pas m’assurer que Raghad ne sera plus jamais la cible de jets de pierre lorsqu’elle se rend à l’école, ni que son petit frère puisse jouer au foot en toute sécurité dans le jardin. Je suis pratiquement sûre que des colons vont à nouveau mettre le feu à l’appartement où vit Saïd et sa famille et jeter des seaux d’eau et d’urine aux commerçants du Vieux Souk.

Je n’ai pas été en mesure d’emmener Sundus et Ishraq à la plage de Tel Aviv, ni Yahia à Jérusalem. Ils n’y mettront d’ailleurs certainement jamais les pieds, en raison d'un système de permis injuste et très compliqué.

Et oui, tout ceci est frustrant. J'ai pourtant passé des moments formidables en compagnie de tous ces gens et c’est ce dont je vais me souvenir, ce qui va me manquer. Lorsqu’ils me remercient pour le travail qu’on fait, je rectifie immédiatement : « Non, merci à vous. Vous m’apportez bien plus que ce que moi je peux vous apporter ». Je le pense vraiment.

Un collègue me disait cet après-midi : « Ne trouves-tu pas inquiétant le fait que tu te sentes si bien à Hébron ? » Je n’ai pas trop su quoi répondre. En effet, pour les gens qui y vivent, Hébron est un enfer et peut-être bien que je devrais avoir honte de m’y plaire… mais ce n’est pas à l’ordre du jour.

Dès demain, je vais me retrouver à Yanoun, un petit village dans la région de Naplouse, au Nord de la Cisjordanie. Et tout sera à recommencer : il va falloir que je m’adapte à un nouvel environnement, que je rencontre de nouvelles familles… J’espère trouver l’énergie nécessaire pour m’engager autant que je l’ai fait à Hébron. Je sais que ça va être dur, mais je sais aussi que si j’y arrive, je serai récompensée.

Toute bonne chose a donc une fin, toute expérience hors du commun également. Si au moins je pouvais en dire autant de l’occupation de ce bout de terre soit disant « sans peuple »…

Ana khalilyyia. Aywa.


jeudi 2 juillet 2009

Settler Violence in Hebron

Settler violence in the West Bank is on the rise. In the first 8 months of 2008 UNOCHA recorded “290 settler-related incidents targeting Palestinians and their property”. When compared to the figures of the previous two year (182 in 2006 and 243 in 2007) it is clearly evident of a worrying trend. According to B’Tselem, “Israelis, individually or in organized groups, carry out the attacks on Palestinians and Palestinian property to frighten, deter, or punish them, using weapons and ammunition they received from the IDF.” In cataloguing accounts of settler violence UNOCHA have concluded that, “settler violence is not random criminal activity; in most cases, it is ideology-driven, organized violence, the goal of which is to assert settler dominance over an area”.

40% of all settler violence in the West Bank takes place in Hebron. Around 400 settlers live in four settlements implemented inside the city and they are extremely aggressive. They are called ideological settlers as they believe in establishing an exclusively Jewish State over Israel and the Occupied Palestinian Territories, which would become the Great Israel.

Tel Rumeida settlement was established in 1986. It is implemented in a Palestinian residential area in the heart of Hebron. The families who live there have faced many attacks and all kinds of harassment over the years: Hani, who lives in this area with his wife and four children, had his car burnt more than once. His older son was attacked by a young settler, who broke his foot with a stone. Hashem, whose direct neighbours are also very violent, cannot harvest his olives anymore. All the trees have been cut. The settlers also throw stones at him and at his family on a regular basis. They even entered his house and destroyed everything inside. A star of David is roughly painted on his backyard door. He doesn’t want to wash it off because it is a proof of settler violence against the residents of Tel Rumeida. Finally, another family who lives in the area has to deal with a permanent army base on the roof of their house.

In spite of all this violence and the constant threats directed to their families, the Palestinian people haven’t given up. Hani, for example, is very active in different peace organisations such as B’Tselem. Hashem takes a lot of tourists and delegations to his house in order to tell them his story and to show them the damages caused by settler violence. Both of them also think that it is very important to remember that “we don’t have any problem with religion here, only with occupation”. Unfortunately, settlements are not about to disappear in Hebron. For now, we can only hope that settler violence will come to and end.

Tel Rumeida settlement photographed from Hashem's backyard