jeudi 31 décembre 2009

Happy New Year to All of You!

"Il s'agit de servir la dignité de l'homme par des moyens qui restent dignes au milieu d'une histoire qui ne l'est pas. On mesure la difficulté et le paradoxe d'une pareille entreprise."
Albert Camus

mardi 22 décembre 2009

En attendant Noël...

Chaque année, à la période des fêtes, la ville de Bethléem occupe le devant de la scène: lieu de naissance de Jésus, de rassemblement des pélerins du monde entier, symbole de la religion chrétienne. L'imagerie biblique évoque Marie et Joseph, les rois mages, l'étoile du berger...

Les images que je retiens de Bethléem sont les suivantes:







Je ne vais pas revenir en détail sur la situation actuelle de Bethléem puisque j'y ai déjà consacré un article (03.08.09). Je tiens néanmoins à rappeler que cette ville, située à une quinzaine de kilomètres au sud de Jérusalem, abrite le checkpoint le plus massif de toute la Cisjordanie. C'est également l'un des endroits où le Mur "de sécurité" est le plus visible. Lorsqu'on marche le long de cette structure bétonnée interminable, on réalise à quel point les Palestiniens doivent se sentir isolés, parfois coupés de leurs terres et du reste de leur famille. Bref...

Sur le nombre de chrétiens qui viennent en pélerinage à Bethléem, que ce soit à Noël, à Pâques ou à n'importe quel autre moment de l'année, combien d'entre eux ont conscience de la réalité qui se cache au-delà des murs de l'église de la Nativité? Combien savent que les camps de réfugiés d'Aida et de Dheisheh, situés au coeur de la ville, abritent à eux deux plus de 17'000 Palestiniens déplacés?

Beaucoup de tours opérateurs évitent de passer près du Mur et de mentionner Gilo Checkpoint. Pourquoi? Pour maintenir l'illusion selon laquelle Bethléem est telle qu'à l'époque du Christ?

Je ne pense pas que le symbole chrétien de cette ville sainte va s'effondrer à partir du moment où l'on reconnaît que certaines évolutions historiques et politiques ont transformé Bethléem d'une bien triste manière. Au contraire, le message biblique peut s'en trouver renforcé et plus cohérent, davantage adapté au contexte actuel.

Lors de mon séjour en Cisjordanie, j'ai eu l'opportunité de rencontrer plusieurs groupes de chrétiens tout à fait informés et clairement sensibilisés à la question palestinienne et je sais qu'ils ne sont de loin pas les seuls. Le problème réside plutôt dans le fait que le tourisme chrétien "solidaire" en Cisjordanie est encore considéré comme marginal, alternatif. Et c'est ce qui doit changer.

A ce titre, je tiens à souligner que le programme auquel j'ai participé (EAPPI - Ecumenical Accompaniment Programme in Palestine and Israel), mis en place par le Conseil oecuménique des Eglises suite à une appel lancé par les Eglises chrétiennes de Palestine, fait un travail remarquable en envoyant des observateurs des droits humains dans les Territoires Palestiniens Occupés.




A l'intérieur de l'Eglise de la Nativité

jeudi 3 septembre 2009

De retour

C'est avec embarras que je constate que mon dernier article date d'il y a exactement un mois! En même temps, j'ai de bonnes raisons qui justifient ce silence radio...

Mes deux dernières semaines en Palestine ont été relativement intenses, en particulier lorsqu'il a fallu "former" la nouvelle équipe d'observateurs fraîchement débarquée à Hébron. En 3 jours, il s'agissait de leur expliquer et de leur montrer le travail de 3 mois! Pour moi, c'était aussi l'occasion de dire au revoir aux personnes que j'ai côtoyées pendant ce long séjour et j'avoue que j'aurais volontiers passé plus de temps avec certaines d'entre elles... Tant pis, l'important c'est qu'au final, le "passage du témoin" aux nouveaux venus s'est très bien déroulé, ce sont 4 personnes très motivées à qui je souhaite tout le meilleur. Bon vent!

Sinon, j'ai passé mes derniers jours à Jérusalem, à tenter d'effacer toutes les preuves de mon séjour en Palestine en vue du contrôle de sécurité de l'aéroport... J'exagère à peine: en effet, j'ai fait un envoi postal avec tous mes souvenirs et documents liés à mon séjour en Cisjordanie, j'ai supprimé mes photos de mon disque dur, nettoyé ma boîte e-mail et mon téléphone portable. Je n'avais plus qu'à espérer éviter la fouille au corps. Heureusement, j'ai passé le contrôle sans problème. On ne m'a posé que quelques questions de routine sur les raisons de mon séjour "en Israël", mais on a quand même frotté mes effets personnels et mon matériel électronique avec une brosse afin de détecter d'éventuelles traces de poudre explosive... J'avais déjà constaté que que la police des frontières israélienne traquait les terroristes et les activistes, mais je ne pensais pas que le contrôle était si poussé lorsqu'on quittait le pays!

Bref, 4 heures après cet épisode digne d'un film d'espionnage, j'apercevais par la fenêtre de l'avion les premiers pâturages, les premières fermes, toute cette verdure qui donne à la Suisse un aspect tellement paisible.



Je suis rentrée, donc. Je suis de retour physiquement, mais ma tête est ailleurs. Les souvenirs se bousculent. J'écoute en boucle une chanson irakienne populaire qui me rappelle mes virées en taxi à Naplouse. Heureusement, le choc climatique n'est pas trop grand puisque la température à Lausanne est pratiquement la même qu'à Jérusalem!

Je revois ma famille et mes amis avec beaucoup de plaisir. Je raconte mon expérience mais je ne sais pas trop par où commencer. Parfois, je préfère écouter les conversations. Mais mon esprit vagabonde, souvent.

J'ai aussi un peu peur d'oublier... L'allure à laquelle la routine d'autrefois se réinstalle est effrayante! Rien n'a changé. J'ai changé. Et rien ni personne ne m'enlèvera ce que j'ai vécu.

Je me rends compte qu'il est difficile de trouver un -e interlocuteur /-trice avec qui je me sente vraiment en phase et qui puisse m'écouter attentivement et me comprendre. Remarquez, c'est tout à fait normal. A vrai dire, je n'en demande pas autant. Les nombreuses réactions positives à mon blog comptent beaucoup plus pour moi! Cela dit, j'ai peut-être sous-estimé l'importance d'avoir au moins une personne prête à partager avec moi cette expérience de manière plus approfondie. Parfois on tombe de haut...

Heureusement qu'il y a Facebook pour garder contact avec les collègues et les amis sur place!

Enfin, le travail d'information et de sensibilisation que je vais débuter prochainement et qui, en soi, représente un gros challenge, va également me permettre de me replonger dans mes souvenirs et de les transmettre plus loin. Inchallah!

Voilà donc, en résumé, les raisons pour lesquelles je n'ai pas écrit sur ce blog depuis un mois: une fois rentrée saine et sauve des territoires palestiniens occupés, il m'a fallu un petit bout de temps pour remettre mes idées en place. Pour redescendre de mon nuage. Même si, dans le fond, j'aurai toujours un peu la tête dans les étoiles...


lundi 3 août 2009

Gilo Checkpoint, Bethléem, 4.30 am


Il fait encore nuit noire lorsqu'on arrive au checkpoint. Les lieux sont déserts et l'atmosphère étonnamment calme. C'est d'autant plus étrange que dans une demie heure, à 5 heures, une marée humaine, pressée d'arriver au travail, va littéralement envahir la place et courir en direction de la sortie.


Gilo est le plus grand des 60 checkpoints implantés en Cisjordanie par le gouvernement israélien depuis 2002. Situé entre Bethléem et Jérusalem, il permet de contrôler étroitement le flux de Palestiniens se rendant dans la Ville Sainte.
Officiellement, ces structures ont été construites pour des raisons sécuritaires, autrement dit pour tenter d'éviter les attaques terroristes. Officieusement, elles ont pour but de restreindre au maximum le mouvement des Palestiniens à l'intérieur des territoires occupés, en particulier en direction de Jérusalem.

Tous les matins, entre 5 heures et 7 heures, environ 2000 Palestiniens et Palestiniennes passent par Gilo Checkpoint. S'ils n'ont pas de permis de travail ou de laissez-passer reconnu par le gouvernement israélien, ils peuvent faire demi-tour.


Certains d'entre eux passent la moitié de la nuit devant l'entrée et dorment sur des cartons. S'ils veulent arriver à l'heure au travail, ils ont intérêt à être les premiers dans la file. A 4h30, celle-ci est déjà longue de plus de 50 mètres. Quelques personnes n'ont pas la patience d'attendre et essaient tant bien que mal d'escalader les barrières...



A 5 heures, lorsque le checkpoint ouvre, le parcours du combattant commence. Les Palestiniens passent un premier tourniquet qui se bloque aléatoirement toutes les 5 à 10 minutes. On attend donc à nouveau. 5, 10, 20 minutes... Ensuite, un soldat contrôle les permis de travail et en profite pour insulter ou crier sur le premier individu qui le présente mal ou qui semble trop pressé.



L'humiliation est constante. Non seulement parce que ces personnes sont entassées derrière des grilles comme du bétail, mais également parce que les soldats s'adressent à eux comme à des moins que rien. Même les bergers de Susiya traitent leurs moutons avec plus de respect...



Après la présentation du permis de travail, les Palestiniens se dirigent dans une immense halle où ils se divisent en plusieurs files. A nouveau, détecteur de métal et contrôle d'identité. Il arrive parfois que quelqu'un doive rebrousser chemin pour des raisons obscures...



"Come and feel the glory of Israel", peut-on lire sur le panneau publicitaire ornant les murs du terminal.

Ironie de l'occupation ou blague sadique?! La grande majorité des personnes qui sont contraintes à passer par Gilo tous les matins pour se rendre à Jérusalem n'iront jamais en Israël, même pas en rêve.

Dans le cas présent, je verrais mieux écrit "Come and feel the shame of Israel"...



"Tel Aviv - Jaffa - Israel: For the time of your life"...



A 7h30, le checkpoint est à nouveau désert, le "rush" est passé. Pendant le reste de la journée, les passages sont moins chaotiques.





En plus des 60 checkpoints situés à l'intérieur de la Cisjordanie, 39 chekpoints ont été érigés le long de la ligne de démarcation entre la Cisjordanie et Israël. Cela dit, la grande majorité de ceux-ci se trouvent plusieurs kilomètres au-delà de cette ligne de démarcation, grignotant ainsi des hectares de terres palestiniennes. Une soixantaine de portes permettent à un nombre très limité de Palestiniens d'accéder à ces terres (leurs terres!) pendant une courte période durant la journée.

La stratégie du gouvernement israélien visant à restreindre la liberté de mouvement des Palestiniens à l'intérieur des territoires occupés ne s'arrête cependant pas là: en Cisjordanie, on recense plus de 60 checkpoints "surprise" (flying checkpoints), dont le principe est d'apparaître aléatoirement, n'importe où et à n'importe quel moment, pendant une durée d'environ 24 heures.
Enfin, il existe environ 530 "obstructions" diverses: routes entravées par des blocs de béton ou des tas de sable, barbelés, tranchées, etc.

Cette situation a bien évidemment des conséquences néfastes sur la vie des Palestiniens et des Palestiniennes, notamment en termes d'accès aux soins et à l'éducation. Il est aussi beaucoup plus difficile d'exercer une activité commerciale ou simplement d'aller rendre visite à des membres de la famille vivant dans une ville voisine.

Une telle restriction de mouvement à l'intérieur des territoires occupés implique donc également une restriction des droits humains élémentaires.



Le Mur de Séparation à Bethléem. Malgré ce qu'on pourrait croire, il ne sépare pas les Israéliens des Palestiniens, mais bien les Palestiniens entre eux.

Informations tirées du site http://www.btselem.org/

jeudi 23 juillet 2009

Susiya: Un petit village palestinien qui résiste encore et toujours à l'envahisseur - Partie 2

« Barcelona or Manchester» ?!

Comme chaque samedi matin, je prends le petit déjeuner avec la famille de Yahia. Ils sont onze (les parents et neuf enfants) à vivre dans l’une des rares grottes qui n’a pas été détruite par l’armée israélienne ou les colons. Il fait sombre à l’intérieur et il y règne une forte odeur de chèvre … J’ai mis du temps à m’y habituer mais j’y suis finalement arrivée. Et puis ils ont réussi à me convaincre que « ce qui est bien là-dedans c’est qu’il fait chaud en hiver et frais en été ».

Kusai (11 ans) et sa sœur Wafa (12 ans) me tirent par le bras : « Play football ? » Oh… « Chwaye, un peu ». J’essaie de leur expliquer que je n’ai pas franchement la passion du foot mais il est trop tard, me voilà déjà avec un ballon aux pieds. Heureusement, mes deux footballeurs de collègues me sauvent la mise… pour cette fois ! Kusai coure vers eux : « Barcelona or Manchester » ? Mercredi prochain, c’est la finale de la Ligue des champions et tout le monde ne parle que de ça ! Quelques autres enfants nous rejoignent et le jeu peut commencer.

Le football est un langage universel. Je parle anglais, tu parles arabe, on parle football. Non seulement parce que Cristiano Ronaldo se prononce de la même manière dans toutes les langues mais aussi parce que ce sport déclenche des passions communes. Pourquoi, je n’en sais rien… Ce qui est sûr c’est que je n’oublierai jamais les rires qu’on a partagés sur et autour de ce terrain sablonneux et caillouteux, auquel on a d’ailleurs eu bien du mal à s’habituer !



Paradoxalement, le football peut aussi être considéré comme un sport pacifique, vecteur de tolérance. Oublions un instant les hooligans, les comportements racistes, les montants scandaleux de certains transferts...

Playing for peace, c’est l’appellation non officielle de l’équipe de football junior de Susiya. Elle regroupe une trentaine d’enfants de moins de 15 ans, garçons et filles, qui s’entraînent généralement le samedi matin. Yahia, 22 ans, est leur coach : « L’année passée, on a été invité par un club de Tel Aviv. On n’a pas joué contre les enfants israéliens mais avec eux, on a mélangé les équipes. C’était vraiment chouette. Attends… je vais te montrer des photos ». Sur ces photos, des enfants qui jouent au foot, mais aussi et surtout des gosses s’amusant sur un bateau. Et la mer. Yahia poursuit : « La plupart d’entre eux voyaient la mer pour la première fois. Moi aussi, d’ailleurs ! ». Cette année, l’équipe est invitée par un club de Netanya, une station balnéaire au nord de Tel Aviv. Yahia se marre en regardant les enfants : « Bon… Il y a encore du boulot » !



Dessine moi un mouton (et laisse le paître)

A Susiya, lorsqu’on ne joue pas au football et qu’on ne boit pas le thé avec les villageois, on accompagne les bergers et leurs moutons dans les champs. Le village de Susiya se situant en « Zone C », c'est-à-dire sous contrôle israélien total, les confrontations entre ces bergers et l’armée sont fréquentes. Les deux soldats postés sur la colline surplombant le village accourent dès qu’un troupeau s’approche. Jamal en a fait l’expérience un millier de fois : «Ils me crient dessus et m’ordonnent de m’en aller, parce que je suis soi disant trop près de la colonie. Je leur réponds que ce sont mes terres, mais ils s’en fichent. Le problème c’est que je ne sais plus où emmener les moutons, bientôt il n’y aura plus assez à manger pour eux ici ». Un jour, j’ai essayé de parler à l’un des soldats, mais c’est mission impossible : « Si tu me dis que tu agis comme ça parce que tu a des ordres à suivre, je comprendrais » finis-je par lui dire. « Ce n’est pas le problème. Tu ne sais pas de quoi tu parles. Ce ne sont pas ses terres à lui, ces terres appartiennent à Israël », me répond cette jeune fille d’à peine 20 ans. A quoi bon insister ?



A terme, si les bergers ne peuvent plus accéder à leurs terres pour y faire paître leurs moutons, cette activité risque bien de disparaître. Raison pour laquelle de plus en plus de jeunes de Susiya tentent de trouver du travail à Yatta, la ville palestinienne la plus proche ou, pour ceux qui n’ont pas peur de travailler au noir, en Israël… qui est à moins de 10 km, après tout.











A la belle étoile…

Les soirées à Susiya sont assez magiques : des couchers de soleil splendides, le ciel étoilé…
On mange avec les familles du village, on joue aux cartes, on discute, on pratique nos deux ou trois phrases d’arabe. On s’amuse même sur Facebook lorsque, ô comble de l’ironie, la connexion sans fil de la colonie voisine le permet.
En plein été, quand il fait trop chaud sous la tente (ou lorsque celle-ci a été incendiée…) c’est agréable de dormir dehors, sous les étoiles. J’ai l’impression d’être en camping, j’oublie un instant que je me trouve entre une colonie et une base militaire, qu’une patrouille de soldats ou une bande de colons peut surgir à tout moment…



Un matin d’avril, les habitants de Susiya se sont réveillés et ont constaté qu’une caravane avait fait son apparition pendant la nuit, à environ 200 mètres du village. Ce genre d’avant-postes établis illégalement par les colons se multiplient de manière effrayante dans les collines au Sud d’Hébron. Ils sont aussi la preuve qu’il y a encore un chemin immense à parcourir avant que l’on puisse réellement parler de gel des colonies qui, à l’heure actuelle, continuent à pousser comme des champignons. Pour les habitants de Susiya, l’apparition de nouveaux avant-postes et autres structures destinées aux colons prédit davantage d’expropriation de terres et de persécutions.

Je ne suis pas particulièrement superstitieuse mais je me dis que si j’aperçois une étoile filante lors de ma prochaine et dernière nuit à Susiya, je devrais peut-être essayer de faire un vœu. Le vœu que lorsque je reviendrai ici, dans quelques années, la caravane postée près du village n’ait pas donné naissance à une nouvelle colonie. Et aussi le vœu que les tentes se soient transformées en véritables maisons.

Sait-on jamais !




Informations tirées du rapport Susiya Village : 5th Demolition Looming, 30th June 2007 par Christian Peacemaker Team (CPT)

mercredi 15 juillet 2009

Susiya: Un petit village palestinien qui résiste encore et toujours à l'envahisseur - Partie 1

Une nuit de juin, à 4 heures du matin, Yahia, Abed et Ibrahim dorment tranquillement dans l’une des tentes de Susiya, un village situé dans les collines au Sud d’Hébron, lorsqu’ils sont réveillés par une soudaine sensation de chaleur et une vague odeur de fumée. Ils se rendent vite compte qu’un coin de toile est en feu et que celui-ci s’étend petit à petit aux matelas et aux couvertures. Ils arrivent à sortir de la tente et à éteindre le sinistre avec l’aide d’autres villageois. Bien qu’ils n’aient vu personne distinctement, ils savent très bien qui est à l’origine de ce feu : « C’est un coup des colons, il n’y a pas de doute », m’explique Yahia par téléphone.
A 5 heures du matin, les trois jeunes hommes se rendent au poste de police israélien de Qyriat Arba, près d’Hébron : « On a fait notre déposition, mais la police ne va pas nous aider. Cette histoire est terminée », poursuit Yahia.




C’est typique… La police classe l’affaire sous prétexte qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit alors qu’en 2001, lorsqu’un colon qui vivait près de Susiya est tué, tous les Palestiniens du village sont violemment expulsés de leurs habitations et un grand nombre d’entre eux sont arrêtés… sans qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit !

L’événement de cette nuit de juin est loin d’être isolé. Depuis le début des années 80, lorsque les premiers colons s’établissent dans la région, les habitants de Susiya font régulièrement face à ce genre d’actes criminels et autres formes de violence.


Un village sous tension depuis des années

Aux alentours de 1830, de nombreuses familles palestiniennes vivant dans des villages au Sud d’Hébron sont frappées par la pauvreté et sont forcées de quitter leur maison. Elles achètent alors des terres dans les environs et y construisent des grottes dans lesquelles elles vivent été comme hiver. Ces familles développent un mode vie particulier essentiellement basé sur l’agriculture et l’élevage de moutons, que les générations suivantes vont perpétuer.

L’occupation progressive de la Cisjordanie par Israël dès 1967 a malheureusement des conséquences fâcheuses pour les villageois de Susiya : le gouvernement israélien leur confisque leurs terres petit à petit afin d’y établir des bases militaires et des zones d’entraînement pour l’armée puis, au début des années 1980, les premières colonies.

En 1985, l’armée israélienne prend le contrôle d’un site « prétendument » archéologique qui abriterait les restes d’une synagogue très ancienne. Le gouvernement israélien décide d’en faire un parc national, ce qui provoque l’expulsion d’une soixantaine de familles palestiniennes vivant dans des grottes aux alentours du site. Ne sachant trop où aller, ces familles n’ont d’autre choix que de s’établir dans une zone à 500m de la colonie la plus proche. C’est alors que commence une longue série d’expulsions, de destructions d’habitats et d’agressions à l’encontre des Palestiniens.


L'une des dernières grottes de Susiya


La stratégie du gouvernement israélien, relayée par les colons, est claire : il s’agit de vider toute cette région de sa population palestinienne en grignotant progressivement ses terres et en multipliant les persécutions à son égard.

La plus grave des expulsions a lieu en juillet 2001, suite à la mort d’un colon près de Susiya. Elle s’accompagne de nombreuses arrestations et de la démolition de la plupart des grottes du village. Par-dessus le marché, l’armée israélienne interdit formellement aux villageois déplacés de reconstruire leurs habitations. Malgré la pression exercée par des groupes d’activistes israéliens et le soutien du Comité International de la Croix Rouge, les habitants de Susiya ne sont pas en mesure d’infléchir cette décision auprès des tribunaux israéliens et sont désormais contraints à vivre dans des tentes.

Aujourd’hui, malgré ses airs de camp de réfugiés, le village de Susiya est bien structuré et organisé. Pourtant, les quelques familles qui y vivent espèrent toujours pouvoir y construire, à terme, des structures permanentes.


A suivre

vendredi 3 juillet 2009

Hebron Blues

J’ai toujours trouvé super frustrant la manière dont un rêve s’achève au moment même où il commence à devenir palpitant. Le tonnerre gronde, le chat miaule, le réveil sonne… ou l’appel à la prière retentit du haut du minaret de la mosquée du quartier. Il est 4h du matin et c’est la dernière fois que j’entends « Allah Akbar ». Il y a trois mois, l’impression d’avoir un haut parleur à plus de 93db à côté de mon lit m’irritait. Puis je m’y suis habituée. A présent je ne l’entends qu’une ou deux fois par semaine. Ce matin, j’ai un petit pincement au cœur.

Hébron n’a rien d’un rêve palpitant et pourtant, c’est bien la fin d’une expérience incroyable que cet appel à la prière semble annoncer. Et c’est frustrant pour plusieurs raisons : je n’ai pas vu le temps passer, je n’ai pas tenu mon blog à jour aussi régulièrement que prévu, je n’ai pas pu répondre à toutes les invitations à dîner qui m’ont été faites…

… et puis c’est seulement maintenant que l’on commence à établir un véritable contact avec la population et qu’une certaine complicité s’installe entre elle et nous.

Je n’ai rien pu faire lorsque une bande de colons a mis le feu à la tente dans laquelle on dort tous les vendredis, dans le village de Susiya au Sud d’Hébron. Je ne peux pas empêcher Jamil, 16 ans, d’être détenu 4 heures à un checkpoint parce qu’il transporte un "colis suspect" (des ustensiles de cuisine en réalité). Je ne peux pas m’assurer que Raghad ne sera plus jamais la cible de jets de pierre lorsqu’elle se rend à l’école, ni que son petit frère puisse jouer au foot en toute sécurité dans le jardin. Je suis pratiquement sûre que des colons vont à nouveau mettre le feu à l’appartement où vit Saïd et sa famille et jeter des seaux d’eau et d’urine aux commerçants du Vieux Souk.

Je n’ai pas été en mesure d’emmener Sundus et Ishraq à la plage de Tel Aviv, ni Yahia à Jérusalem. Ils n’y mettront d’ailleurs certainement jamais les pieds, en raison d'un système de permis injuste et très compliqué.

Et oui, tout ceci est frustrant. J'ai pourtant passé des moments formidables en compagnie de tous ces gens et c’est ce dont je vais me souvenir, ce qui va me manquer. Lorsqu’ils me remercient pour le travail qu’on fait, je rectifie immédiatement : « Non, merci à vous. Vous m’apportez bien plus que ce que moi je peux vous apporter ». Je le pense vraiment.

Un collègue me disait cet après-midi : « Ne trouves-tu pas inquiétant le fait que tu te sentes si bien à Hébron ? » Je n’ai pas trop su quoi répondre. En effet, pour les gens qui y vivent, Hébron est un enfer et peut-être bien que je devrais avoir honte de m’y plaire… mais ce n’est pas à l’ordre du jour.

Dès demain, je vais me retrouver à Yanoun, un petit village dans la région de Naplouse, au Nord de la Cisjordanie. Et tout sera à recommencer : il va falloir que je m’adapte à un nouvel environnement, que je rencontre de nouvelles familles… J’espère trouver l’énergie nécessaire pour m’engager autant que je l’ai fait à Hébron. Je sais que ça va être dur, mais je sais aussi que si j’y arrive, je serai récompensée.

Toute bonne chose a donc une fin, toute expérience hors du commun également. Si au moins je pouvais en dire autant de l’occupation de ce bout de terre soit disant « sans peuple »…

Ana khalilyyia. Aywa.


jeudi 2 juillet 2009

Settler Violence in Hebron

Settler violence in the West Bank is on the rise. In the first 8 months of 2008 UNOCHA recorded “290 settler-related incidents targeting Palestinians and their property”. When compared to the figures of the previous two year (182 in 2006 and 243 in 2007) it is clearly evident of a worrying trend. According to B’Tselem, “Israelis, individually or in organized groups, carry out the attacks on Palestinians and Palestinian property to frighten, deter, or punish them, using weapons and ammunition they received from the IDF.” In cataloguing accounts of settler violence UNOCHA have concluded that, “settler violence is not random criminal activity; in most cases, it is ideology-driven, organized violence, the goal of which is to assert settler dominance over an area”.

40% of all settler violence in the West Bank takes place in Hebron. Around 400 settlers live in four settlements implemented inside the city and they are extremely aggressive. They are called ideological settlers as they believe in establishing an exclusively Jewish State over Israel and the Occupied Palestinian Territories, which would become the Great Israel.

Tel Rumeida settlement was established in 1986. It is implemented in a Palestinian residential area in the heart of Hebron. The families who live there have faced many attacks and all kinds of harassment over the years: Hani, who lives in this area with his wife and four children, had his car burnt more than once. His older son was attacked by a young settler, who broke his foot with a stone. Hashem, whose direct neighbours are also very violent, cannot harvest his olives anymore. All the trees have been cut. The settlers also throw stones at him and at his family on a regular basis. They even entered his house and destroyed everything inside. A star of David is roughly painted on his backyard door. He doesn’t want to wash it off because it is a proof of settler violence against the residents of Tel Rumeida. Finally, another family who lives in the area has to deal with a permanent army base on the roof of their house.

In spite of all this violence and the constant threats directed to their families, the Palestinian people haven’t given up. Hani, for example, is very active in different peace organisations such as B’Tselem. Hashem takes a lot of tourists and delegations to his house in order to tell them his story and to show them the damages caused by settler violence. Both of them also think that it is very important to remember that “we don’t have any problem with religion here, only with occupation”. Unfortunately, settlements are not about to disappear in Hebron. For now, we can only hope that settler violence will come to and end.

Tel Rumeida settlement photographed from Hashem's backyard

mardi 23 juin 2009

Tenir un commerce dans une ville occupée - Partie 2

Quinze années bien chaotiques pour les commerçants hébronites

Nawwal a ouvert son magasin il y a trois ans. Tous les articles en vente dans le magasin (sacs, sacoches, housses de coussin, habits, couvertures) sont brodés à la main par quelques 120 femmes membres d’une coopérative. Elles sont originaires d’une dizaine de villages aux alentours d’Hébron et travaillent chez elles, pour la plupart. Leur situation en tant qu’artisanes est assez précaire puisqu’elle repose essentiellement sur le tourisme dans la vieille ville qui a passablement diminué depuis la seconde Intifada (2000).

La « crise économique et commerciale » du centre-ville remonte en fait à 1994. Le 25 février, le colon israélien Baruch Goldstein assassine 29 musulmans en pleine prière et en blesse des dizaines d’autres à la Mosquée d’Ibrahim à Hébron. Toute la zone autour de la mosquée est alors fermée pendant de longs mois et la présence des forces armées israéliennes dans le vieux souk augmente drastiquement, ce qui dissuade les consommateurs de se rendre dans cette partie de la ville, désormais sous haute surveillance. Cette situation dure environ un an, puis le commerce reprend vie, petit à petit. Hébron est traditionnellement réputée pour son artisanat : poterie, verre, broderie, fabrique de souliers. On y trouve également des marchés ainsi que de nombreux détaillants.
En 1997, la ville d’Hébron est divisée en deux, selon un protocole conforme aux accords d’Oslo de 1993 : H1 est désormais sous autorité palestinienne alors que H2, où se situent la plupart des rues commerçantes et le vieux souk, tombent sous le contrôle des forces armées israéliennes. Pendant trois ans, cette partition n’a que peu d’impact sur la vie économique et commerciale de la vieille ville, qui continue à se développer après une période difficile, suite au massacre de 1994.
En 1996, un décret présidentiel ordonne la création du Hebron Rehabilitation Committee, dont le principal objectif est de faire revivre la vieille ville d’Hébron économiquement, architecturalement, culturellement et socialement. Il est financé par de nombreux gouvernements européens, en particulier l’Espagne. En 1997, le comité entame la restauration d’un grand nombre de magasins afin d’encourager les consommateurs ayant déserté la vieille ville à y revenir. Cette entreprise est couronnée de succès et contribue largement à la reprise des activités commerciales au centre ville.
Malheureusement, la seconde Intifada qui éclate en l’an 2000 porte à nouveau un coup fatal à la vie économique et commerciale d’Hébron. Un couvre-feu est imposé pendant trois ans (2000-2003) dans toute la partie de la ville occupée par l’armée israélienne. Un grand nombre de Palestiniens, habitants et commerçants, quittent la vieille ville. Certaines rues, autrefois grouillantes d’activité, sont désormais complètement vides, à tel point que l’on se croirait dans une ville fantôme. Les conséquences de cette seconde Intifada sur la vie économique et commerciale d’Hébron sont désastreuses : entre 2000 et 2008, 512 magasins ont fermé sur ordre militaire et 1114 autres ont fermé en raison du manque de clients. Au total, 77% des commerces ont disparu en l’espace de 8 ans.

Cependant, la situation s’améliore de jour en jour, notamment grâce aux efforts du Hebron Rehabilitation Committee, qui mène différents projets en faveur des commerçants : pendant Ramadan, par exemple, HRC finance la fabrication de pain et de friandises. Il est également à l’origine du projet visant à repeindre les portes des magasins en rose et mauve afin de redonner vie aux rues commerçantes. Le contraste est impressionnant ! Enfin, le comité octroie des aides financières et des réductions de taxes à certains commerces.


Old Shalallah Street, le 10 avril 2009...




Old Shalallah Street, le 2 mai 2009!
La peinture des portes de magasins est l'un des principaux projets menés par HRC dans la vieille ville.


Bien entendu, toutes ces initiatives ne permettent pas aux commerçants de vivre confortablement de leurs revenus, ni n’empêcheront l’armée israélienne de mener à nouveau une incursion dans le magasin de Nawwal ou des colons d’inscrire vulgairement « Kill the Arabs » sur la porte. Tel est le quotidien des commerçants exerçant leur activité dans une ville occupée…

Pour plus d’informations sur les projets du Hebron Rehabilitation Committee : http://www.hebronrc.org/

mardi 16 juin 2009

Tenir un commerce dans une ville occupée - Partie 1

Mon collègue et moi sommes assis dans la petite échoppe de Nawwal, une commerçante du vieux souk et amie de longue date des EAs (observateurs/-trices du programme EAPPI) à Hébron, lorsqu’une patrouille de six soldats apparaît au coin de la rue. Apparemment, ils ne sont pas venus faire du shopping… Ils s’arrêtent à hauteur du magasin. Le commandant nous demande à tous de sortir afin de permettre à ses hommes d’entrer dans ce petit espace d’à peine 12m carré remplis de sacs, sacoches, housses de coussins et keffieh. Nous nous exécutons, tout en leur demandant ce qu’il ont l’intention de faire et pourquoi. A cette question, ils nous répondent «qu’ils font leur boulot». Demandez à un soldat le pourquoi de ses agissements et vous obtiendrez au mieux cette réponse, sinon rien. Nous les observons depuis la rue. C’est alors qu’ils s’emparent de feuilles, de stylos ainsi que d’un mètre et commencent à dessiner, mesurer et cartographier l’intérieur du magasin. Ils déplacent également certains meubles et articles en vente. Nawwal essaie à nouveau de comprendre ce qu’il se passe, sans résultat. Elle garde néanmoins son calme : «Ce n’est pas la première fois que ça arrive», me dit-elle. «C’est la troisième fois cette année. Je ne sais pas pourquoi ils s’intéressent autant à mon magasin».

Peut-être que l’armée israélienne cherche à réaffirmer son contrôle sur la population du vieux souk et ses activités commerciales. Peut-être aussi que le gouvernement israélien a dans l’idée d’augmenter le nombre de maisons occupées par les colons dans la vieille ville, au détriment des commerçants et habitants palestiniens. Qui sait…

Pour l’heure, nous nous contentons de photographier et filmer les événements. Certains soldats semblent un peu mal à l’aise, mais ils nous laissent continuer. Quelques touristes passant par là interrogent à leur tour les soldats, toujours si peu enclins à donner une explication à ce manège. Puis le commandant finit par admettre qu’«ils font ça à cause des terroristes». Un des touristes réplique qu’en ce moment même c’est lui le terroriste, avec son arme. Et le soldat de crier : «Vous voulez savoir où est ma sœur, vous voulez savoir ?! Et bien elle a été tuée». Cette brève conversation s’arrête là… Lorsqu’ils se sentent «verbalement» agressés, les soldats ont tendance à brandir la menace terroriste comme justificatif à n’importe lequel de leurs agissements, qu’il soit fondé ou non. Dans le cas présent, comment Nawwal et sa sœur Leila, membres d’une coopérative de femmes s’adonnant à la broderie et vendant leurs articles dans une petite échoppe du souk, peuvent-elles représenter une quelconque menace terroriste ?

Après le magasin lui-même, c’est le local adjacent, que Nawwal utilise comme entrepôt et «coin cuisine», qui fait l’objet des investigations des soldats. Ces derniers s’enferment à l’intérieur, nous ne pouvons donc pas voir ce qu’ils font. Une fois qu’il seront partis, nous fouillerons la pièce pour être sûrs qu’ils n’aient pas caché quoi que ce soit de compromettant pour Nawwal (drogue, armes, etc.). On n’est jamais trop prudent…
Nawwal s’impatiente et fait comprendre aux soldats que leur présence dans le magasin fait fuir les quelques clients potentiels qui passent par là. Le commandant lui répond qu’ils ont bientôt terminé, qu’ils n’ont pas l’intention de déranger plus longtemps. Il demande tout de même à voir sa carte d’identité pour ensuite recopier le numéro ainsi que le nom sur une feuille de papier. Lorsqu’il exige de Nawwal qu’elle tienne ce papier devant elle afin qu’il puisse la prendre en photo, comme on le fait avec les criminels, c’en est trop : « Non, je ne ferai pas ça. C’est contre ma religion, et puis je refuse, c’est tout ». Nous l’appuyons et le soldat n’insiste pas.
Au bout d’une heure, la patrouille s’en va, enfin. Comme si de rien n’était. « C’est bien la première fois qu’ils restent aussi longtemps », explique Nawwal. Elle ne semble pourtant pas trop troublée : «Je suis plutôt fâchée» !



Les incursions de l’armée dans les magasins du vieux souk semblent s’être intensifiées dernièrement, sans que l’on sache réellement pourquoi…

A suivre

mardi 9 juin 2009

Que deviennent les Palestiniens d'Israël?

Lorsqu’on vit en Cisjordanie et que l’on côtoie des Palestiniens subissant quotidiennement les conséquences de l’occupation israélienne (restriction de mouvement, confiscation de terres, etc.), on a tendance à oublier qu’il existe une minorité d’Arabes résidant en Israël pour qui la vie n’est pas toujours facile non plus. Du moins je l’avais oublié, jusqu’à récemment.

En 1948, lorsque l’Etat d’Israël a été créé, beaucoup de Palestiniens ont fui, délibérément ou de force. Certains ont été expulsés dans les pays arabes voisins (en particulier la Jordanie), certains se sont établis en Cisjordanie et à Gaza. Enfin, 25% d’entre eux ont trouvé refuge en Israël, loin de leur ville ou village d’origine.
De nos jours, les Arabes Israéliens, comme on les appelle également, représentent environ 20% de la population israélienne. La plupart sont musulmans, mais l’on trouve aussi parmi eux des chrétiens et des druzes. Tous sont citoyens d’Israël et jouissent des mêmes droits que les Israéliens de confession juive. En apparence du moins…
En effet, les discriminations, directes ou indirectes, à l’encontre des Arabes Israéliens ont toujours existé et semblent même s’être accentuées depuis la seconde Intifada (2000). Voici quelques exemples :

Tous les citoyens et citoyennes israéliens de 18 ans, hommes et femmes, doivent servir dans l’armée. En échange, ils bénéficient de nombreux avantages sociaux : transports gratuits, subvention pour les études ou lors de l’achat d’une maison, accès facilité à de nombreux emplois, etc. Cependant, bien que ce service militaire soit obligatoire pour tout un chacun, la grande majorité des Arabes (90%) ne sont jamais convoqués au recrutement. Il s’agit là d’une manœuvre intentionnelle de la part du Ministère de la Défense israélien, qui désire préserver le « caractère juif » de l’armée. Si celle-ci comporte toutefois une infime minorité de Palestiniens dans ses rangs, c’est que ces jeunes gens se sont engagés volontairement et n’ont curieusement pas été réformés.
Les Arabes Israéliens, ne pouvant bénéficier de tous les avantages réservés aux citoyens et citoyennes ayant accomplis leur service dans l’armée, sont donc indirectement discriminés en raison d’un système militaire qui ne les accueille pas volontiers.

Un autre exemple de discrimination, directe et institutionnelle cette fois, est celui de l’éducation : non seulement les élèves d’origine palestinienne ne fréquentent pas les mêmes écoles que les élèves juifs israéliens, mais les budgets alloués au système scolaire « arabe » est nettement inférieur. Le système de santé connaît le même problème. Ces différences sont principalement liées au manque de représentation des Palestiniens dans les gouvernements locaux ainsi qu’à la Knesset (parlement israélien).

Dans une moindre mesure, les Arabes israéliens connaissent également des problèmes similaires à ceux que rencontrent leurs compatriotes palestiniens dans les territoires occupés : violence policière, destructions de maison… En 2004, par exemple, les forces de police israéliennes ont démoli cinq maisons dans le village arabe de Bea’na en Galilée. Plus de 1000 policiers sont entrés dans le village avec des bulldozers et une trentaine de personnes ont été hospitalisées suite à l’explosion de gaz lacrymogène.

Ces actes de violence et discriminations à l’égard des Palestiniens d’Israël démontrent clairement que l’établissement d’un état juif israélien n’est envisageable qu’à travers la marginalisation de cette minorité arabe, en raison de leur origine ethnique et de leur religion.

Certes la situation est actuellement plus préoccupante en Cisjordanie et bien évidemment à Gaza, mais n’oublions pas cette minorité de Palestiniens vivant en Israël, dont certains droits élémentaires sont quotidiennement bafoués.

La mosquée d'Acre, au nord d'Haïfa en Israël. La vieille ville a gardé son caractère arabe et est peuplée essentiellement de Palestiniens

Les informations ci-dessus m’ont été transmises par Muhammad Zeidan, directeur de The Arab Association for Human Rights à Nazareth.

Pour plus d’informations : http://www.arabhra.org/

dimanche 31 mai 2009

Hammam, 19 ans: tué "par erreur"

Le 6 mai 2009, aux alentours de 20h30, Hammam Nasserdine, 19 ans, est tué par des soldats israéliens à l’entrée de la Mosquée d’Ibrahim à Hébron. Il se rendait à la dernière prière du soir et comme il était un peu en retard, il s’est mis à courir dans les escaliers. C’est alors qu’on lui tire dessus, à trois reprises au moins.

Cette histoire illustre bien les abus régulièrement commis par les forces armées israéliennes au nom de la « sécurité nationale » ainsi que le manque de transparence des sources d’information et médias israéliens.

Hammam était un jeune homme sans histoire, venant d’une famille plutôt aisée et cultivée. Il était en dernière année de lycée. Très indépendant, il travaillait dans le magasin familial en-dehors des heures de cours pour gagner un peu d’argent. Hammam rêvait de devenir dentiste.
Il allait souvent à la mosquée pour prier et connaissait par cœur les deux tiers du Coran. A posteriori, c’était là son seul crime…

Dans les jours qui ont suivi le meurtre, deux versions de l’histoire ont été mises en avant par le porte-parole de la police israélienne, relayées par la chaîne de télévision israélienne Channel 10. Premièrement, il a été déclaré que Hammam s’était emparé de l’arme d’un des soldats, version qui a été démentie par la suite. Si le rapport de police en hébreu fait clairement mention d’une erreur commise par les forces armées israéliennes, aucune excuse n’a été faite à la famille du défunt.
Selon la deuxième version de l’histoire, les soldats auraient ouvert le feu car Hammam continuait à monter les escaliers alors qu’on lui avait donné l’ordre de s’arrêter.
Enfin, il a été admis qu’Hammam n’a jamais reçu d’ordre de la part des soldats et que l’unique raison pour laquelle on lui a tiré dessus est qu’il courait en direction de l’entrée de la mosquée.

Il est difficile de savoir exactement ce qui s’est passé ce soir-là, puisque aucune réelle enquête n’a été engagée par la police israélienne. La famille de Hammam elle-même, que nous avons rencontrée dix jours après le meurtre du garçon, cherche encore à connaître la vérité. Malheureusement, tous les rapports de police sont en hébreu et difficilement traduisibles. Quant aux caméras de surveillance placées autour de la Mosquée, elles sont confidentielles et à l’usage de l’armée et de la police israéliennes uniquement.

Il s’agit donc bel et bien d’une bavure. En effet, comment Hammam a-t-il pu passer les deux premiers checkpoints régulant l'accès à la Mosquée d’Ibrahim, chacun équipé d’un détecteur de métal, et être toujours considéré comme un danger justifiant qu’on ouvre le feu à plusieurs reprises dans sa direction ? Naturellement, tout ce que la police a pu trouver à sa ceinture est un exemplaire du Coran et non un couteau ou une arme à feu.


Le second des trois checkpoints donnant accès à la Mosquée d'Ibrahim

Hammam a-t-il été tué par erreur, par excès de zèle ou à dessein ? S’il est difficile de répondre à cette question, on sait par contre que cette histoire n’est pas un cas isolé. Chaque semaine, plusieurs incidents comme celui-ci sont recensés en Cisjordanie, conséquences de l’occupation israélienne des territoires palestiniens.

Enfin, voici une anecdote triste et amusante à la fois, qui amène à réfléchir : au moment où son fils Hammam se faisait tuer sur les marches de la Mosquée d’Ibrahim par l’armée israélienne, Cheikh Mohammed Bassam Nasserdine participait à une conférence en Jordanie. Son discours avait pour objectif de redonner une image positive de l’Islam, salie par une minorité d’extrémistes qui l’instrumentalise afin de justifier leurs actes meurtriers. Et alors même qu’il s’efforçait d’expliquer à son audience que tous les Musulmans ne sont pas des terroristes, son fils de 19 ans, inconnu des services de police et de l’armée israéliennes, était traité comme l’un d’entre eux…

Le père de Hammam (au centre), deux oncles et deux cousins

mardi 12 mai 2009

jeudi 7 mai 2009

Hani et Reuven: deux hommes, deux histoires

Hani est un commerçant palestinien, père de 4 enfants. Il vit avec sa famille dans une belle et grande propriété au centre d’Hébron… à une cinquantaine de mètres d’un bâtiment colonisé. Il lutte activement contre l’occupation israélienne de la Cisjordanie en collaborant avec de nombreuses organisations pacifiques israéliennes et internationales.

Reuven est un chauffeur de taxi israélien. D’origine roumaine, il a vécu longtemps à Tel Aviv avant de s’installer à Jérusalem. Divorcé, il a un fils de 7 ans. Nous sommes montées dans son véhicule par hasard, mon amie Camilla et moi, parce que nous avions loupé notre bus. Reuven nous a conduit jusqu’à la Mer Morte et sur le chemin, nous avons beaucoup discuté.

Hani est régulièrement confronté aux attaques de ses colons de voisins. Par le passé, ils s’en sont pris à ses enfants, ont brûlé sa voiture à plusieurs reprises et ont détruit les oliviers de son jardin. Etant connu comme activiste par les autorités israéliennes, Hani est constamment surveillé et il a déjà passé six ans en prison pour « raisons sécuritaires » (administrative detention). En d’autres termes, aucun chef d’accusation n’a jamais été retenu contre lui et de ce fait, aucun jugement n’a jamais été envisagé. Aujourd’hui, il possède son petit commerce de thé et de narguilés. Et il nous raconte son histoire, ses histoires.

Reuven est d’avis que les 95% de la population sont des gens bien, « chez les Juifs comme chez les Arabes ». Les 5 % restant sont fous et ce sont eux qui créent les problèmes. Reuven n’est pas particulièrement croyant et constate avec regret que la population juive israélienne de Jérusalem se radicalise de plus en plus.

Hani est nostalgique du temps où « les Arabes et les Juifs vivaient côte à côte à Hébron, en toute sérénité ». Il nous explique que dans les années 20, son grand-père possédait une petite affaire en partenariat avec un commerçant juif qui fonctionnait très bien. La situation a commencé à se dégrader sérieusement à partir de 1967 avec l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza. Dès ce moment-là, Hébron a vu affluer un nombre important de colons israéliens / juifs extrémistes en son centre et aux alentours de la ville.

Selon Reuven, le montant que le gouvernement israélien alloue à la sécurité et à la défense est beaucoup trop élevé, voire insensé (environ 60% du budget de l’Etat) : « Ils auraient meilleur temps d’investir cet argent dans l’éducation, en faveur des jeunes ! » Reuven est pourtant convaincu que l’accroissement du nombre de soldats à Jérusalem, ainsi que de policiers en civil, a contribué à la réduction du nombre d’attentats et autres crimes dans la Vieille Ville…

Reuven craint les attentats terroristes, comme la majorité des Israéliens. Une de ses connaissances, une jeune fille de 27 ans qui était sur le point de se marier, est morte dans un bus à Tel Aviv il y a quelques années. L’homme assis à côté d’elle portait une ceinture d’explosif. « Ce genre de choses ne doit plus arriver. Comment voulez-vous que l’on vive un jour en paix si ces extrémistes continuent à s’attaquer à des innocents ? Et le Hamas ne fait rien, il ne condamne pas ses actes. Le Hamas est une organisation terroriste ».

Hani n’adhère pas particulièrement à la politique du Hamas. Néanmoins, il comprend qu’une certaine frange de la population palestinienne, en particulier les jeunes subissant de plein fouet les conséquences de l’occupation (chômage, restriction de mouvement, violence, humiliation, etc.) soient séduits par ces discours parfois radicaux : « Il faut comprendre ces jeunes. Si tout allait bien, s’ils pouvaient étudier normalement, travailler, sortir avec leurs amis sans avoir peur de se faire arrêter, aller à Jérusalem… ils ne seraient pas attirés par les idées du Hamas. Ou par les propos terroristes. Malheureusement, avec toute cette misère, certains le sont. Ils constituent une oreille attentive pour le Hamas, oui, c’est ça, le Hamas et ceux qui recrutent des martyrs ont trouvé une oreille qui les écoute ».

Des histoires comme celles d’Hani et Reuven, il en existe plein. Chacune d’entre elle véhicule son lot de cohérences et de contradictions. Néanmoins, je me rends compte qu’il est important de les écouter attentivement afin de ne pas tomber dans le piège de la diabolisation et d’être en mesure de nuancer ses opinions et ses propos. Lorsqu’on est quotidiennement confronté aux absurdités et aux injustices de l’occupation, ce n’est pas toujours facile de faire la part des choses.

Hani a prouvé qu’il en était capable : « Le problème ici ne vient pas de la religion mais bien de l’occupation », autrement dit de la politique menée par le gouvernement israélien en Cisjordanie et à Gaza. Je suis entièrement d’accord avec lui… bien que je ne sache pas toujours quoi penser lorsque je constate l’ampleur des dégâts causés par les colons israéliens / juifs extrémistes qui vivent à Hébron (en anglais : ideological settlers ).

Le problème ici ne vient pas de la religion, mais du fanatisme, aussi…


samedi 2 mai 2009

24 heures à Hébron - Partie 2

11 :45 – Il est temps de retourner à Cordoba School. Les premiers élèves finissent les cours à midi et nous les attendons à la sortie. Nous marchons ensuite avec eux jusqu’au checkpoint, en gardant un œil sur les trois jeunes colons qui discutent dans la rue, au cas où l’idée leur viendrait de provoquer les élèves palestiniens...



Je n’ai encore assisté à aucun accrochage à la sortie de l’école mais quand j’observe les regards de haine et de dégoût que se lancent ces gosses, je me dis qu’une altercation n’est pas impossible. En même temps, l’appréhension est clairement perceptible chez les enfants de Cordoba School et ils traînent rarement le long de Shuhada Street.

Au checkpoint, un jeune homme d’une vingtaine d’années est entouré par quatre soldats. Il est à genoux par terre et ses poignets sont attachés. J’aperçois deux « collègues » de l’organisation TIPH (Temporary International Presence in Hebron) et leur demande s’ils sont au courant de ce qu’il se passe. Ils me répondent que selon un des soldats, une dame est tombée dans la rue et le jeune homme l’a aidée à se relever. Un autre soldat a ri et le jeune homme s’est naturellement énervé… Raison pour laquelle il se trouve à présent dans cette posture. La police arrive 10 minutes plus tard, mais on nous demande de partir. Je ne connais donc pas la fin de l’histoire. Pathétique, non...?



Je me rends compte petit à petit que ce genre de situations, aussi absurdes qu’elle peuvent paraître, rythment le quotidien des Palestiniens vivant sous occupation israélienne. A ce titre, une histoire tout aussi triste me revient à l’esprit. Hashem, un de nos amis vivant non loin de Cordoba School avec sa femme et ses trois enfants, a dû transporter le corps de son père décédé à travers le checkpoint. Les soldats ont retenu Hashem plus d’une heure et ont même inspecté le cadavre pour être sûr qu’il ne représente aucun danger.

Bienvenue à Hébron. « Welcome to Hell »…

14:00 – Cet après-midi, nous allons rendre visite à la famille Qanabi qui habite une belle et vieille maison au cœur du Vieux Souk. La mère nous accueille chaleureusement : « Ahlan wa Sahlan », bienvenue ! Ses connaissances d’anglais équivalent plus ou moins mes notions d’arabe, ce qui rend la conversation un peu difficile… Heureusement, l’une de nos contacts dans le Vieux Souk nous accompagne et nous fait la traduction. Je commence à mieux comprendre pourquoi nous essayons de rendre régulièrement visite à cette famille.


Leur maison se trouve près de bâtiments colonisés. Tellement près, même, que si l’on ouvre la fenêtre de la pièce principale et que l’on tend le bras, on arrive presque à atteindre le mur de la maison d’en face, occupée par des colons. En raison de cette proximité, les membres de la famille sont constamment sous pression. Les jets de pierres de la part des colons sont récurrents. Madame Qanabi nous explique aussi que lorsqu’elle était enceinte, un colon l’a poussée dans les escaliers. Heureusement, il n’y a eu aucune conséquence pour le bébé. La présence de soldats autour et à l’intérieur de la maison est également fréquente. Lors d’incursions nocturnes, en plus de terrifier parents et enfants, ils laissent l’appartement sens dessus dessous.

Nous quittons Madame Qanabi quelque peu abassourdis… Ce n’est pourtant pas la première fois que nous entendons ce genre d’histoires. Malheureusement.

15 :30 – Nous rentrons à l’appartement pour mettre par écrit tout ce que nous avons observé et entendu aujourd’hui. C’est parfois frustrant de ne pas pouvoir faire grand-chose d’autre que raconter ce qui se passe… On se sent souvent démunis, impuissants. Puis on entend des gens nous dire : « grâce à vous, nos histoires voyagent ». Et l’on se dit que tout ceci n’est pas vain…

17 :00 - Nous descendons boire une tasse de thé chez Samir, le propriétaire de notre appartement. A 71 ans, il est toujours aussi jovial et dynamique. Et surtout, il embrasse tous ceux qui passent le pas de sa porte, homme ou femme, même s’il ne les connaît pas. C’est assez rare dans la culture palestinienne… c’est comme ça chez Samir !



18 :00 - Nous finissons la journée sur notre balcon autour d’une chicha. On met une orange à la place du réceptacle en terre cuite… Avez-vous déjà essayé ? Je vous le conseille !

Bienvenue à Hébron. Welcome to the reality of the Occupied Palestinian Territories.

mercredi 22 avril 2009

24 heures à Hébron - Partie 1

6 :00 – Le soleil est déjà levé, mais il fait encore frais. Les vingt minutes de marche jusqu’à Cordoba School nous feront le plus grand bien. Sur le chemin, nous passons devant deux écoles et à chaque fois, l’hymne national palestinien retentit dans les haut-parleurs alors que les élèves se mettent en rang dans la cour. A Cordoba School, rien de tel. Cette école palestinienne est située entre une colonie israélienne (Tel Rumeida, en amont) et une route dont l’accès est interdit aux Palestiniens (Shuhada Street, en aval). Les jets de pierre et autres insultes envers les écoliers et les passants sont déjà assez nombreux, il est donc recommandé d’éviter tout acte pouvant être considéré comme une provocation…

7 :00 – Nous voilà devant Checkpoint 56. Rien à voir avec les installations massives et les interminables files d’attente qui caractérisent les checkpoints de Qalandiya et Gilo, respectivement au nord et au sud de Jérusalem. Ici, nous nous trouvons face à une simple caravane. A l’intérieur, un détecteur de métal et un ou deux soldats qui, à cette heure matinale, paraissent aussi endormis que nous. De l’autre côté, Shuhada Street, une rue complètement fermée aux Palestiniens. Si les piétons ont toutefois la possibilité d’y marcher, notamment les élèves se rendant à Cordoba School et les quelques familles qui vivent encore le long de cette route, leurs déplacements sont étroitement contrôlés (et souvent entravés) par l’armée et la police. Les véhicules et commerces palestiniens sont, par contre, complètement prohibés.
Nous passons le checkpoint sans problème, mais un policier nous surveille de près et scrute nos étranges gilets à poches. La rue est déserte. Nous passons devant la colonie Beit Hadassah, bâtiment palestinien ayant notamment abrité une école, occupé par des colons israéliens depuis la fin des années 70. Toujours personne en vue. Mon collègue prend place en haut des escaliers qui mènent à Cordoba School, de sorte à avoir une bonne vue sur toute la rue. Je vais m’asseoir sur le muret un peu plus loin, près de la porte d’entrée.

7 :50 – Tous les enfants sont arrivés. Ils ont l’habitude de nous voir et nous saluent la plupart du temps, quand ils passent devant nous. Chaque matin, je discute un moment avec Ishrak et Sundus, 15 ans. Elles ont un excellent niveau d’anglais et m’apprennent des mots en arabe. Puis la directrice nous reçoit dans son bureau quelques minutes. Rien de particulier à signaler aujourd’hui et c’est tant mieux. Certains jours, notamment lors de fêtes religieuses juives, quand les enfants de colons ont congé, la situation peut vite dégénérer. Et il ne faut pas trop compter sur les soldats ou la police pour faire régner l’ordre. Par contre, lorsqu’il s’agit de nous expulser de la zone sans raison, ils savent se manifester. La directrice nous informe également que la semaine passée, des pierres ont été jetées contre les vitres et ont cassé des carreaux. Ci-dessous, une photo de la porte d’entrée de l’école:



A chaque fois que je vois une étoile de David vulgairement sprayée sur un bâtiment palestinien, dans cette partie de la ville sous autorité israélienne, je ne peux m’empêcher d’avoir des flashs : Berlin, 1938… C’est complètement absurde !

8 :30 – Pause-café chez « Tiger », ou plutôt pause jus de fruit, puisqu’il est le propriétaire d’un magasin au centre-ville qui fait d’excellent jus d’orange, pamplemousse, carotte, etc. La leçon d’arabe continue : Ana biddi = j’aimerais… j’ai oublié la suite ! Pas grave, on repassera demain.

9 :30 – On continue notre chemin en direction du Vieux Souk. Si vous cherchez à acheter des articles improbables, tels des mégots de cigarettes usagés ou du chou-fleur teint en rose fluo, vous êtes au bon endroit… Nous nous arrêtons à la boutique de Nawwal et sa sœur Leila, qui nous accueillent toujours avec plaisir. Et avec une tasse de thé ! Dans leur échoppe, on trouve essentiellement des sacs, sacoches, robes et keffieh brodés à la main par des femmes dans le cadre d’une coopérative.


Nawwal nous explique que les affaires ne vont pas très fort dans la vieille ville d’Hébron. Les clients se font de plus en plus rare en raison des tensions résultant de la présence de colonies dans cette zone. Et qui dit présence de colons dit également omniprésence de l’armée… Par conséquent, des centaines de commerces ont dû fermer depuis l’an 2000, que ce soit sur ordre militaire ou simplement parce qu’ils ne font plus recette. Par endroit, on se croirait dans une ville fantôme, avec toutes ces portes closes :



Cela dit, Nawwal et Leila restent positives. Mais elles ne nous cachent pas non plus qu’elles attendent avec impatience le prochain groupe de touristes qui traversera le souk… (à suivre)