7 :00 – Nous voilà devant Checkpoint 56. Rien à voir avec les installations massives et les interminables files d’attente qui caractérisent les checkpoints de Qalandiya et Gilo, respectivement au nord et au sud de Jérusalem. Ici, nous nous trouvons face à une simple caravane. A l’intérieur, un détecteur de métal et un ou deux soldats qui, à cette heure matinale, paraissent aussi endormis que nous. De l’autre côté, Shuhada Street, une rue complètement fermée aux Palestiniens. Si les piétons ont toutefois la possibilité d’y marcher, notamment les élèves se rendant à Cordoba School et les quelques familles qui vivent encore le long de cette route, leurs déplacements sont étroitement contrôlés (et souvent entravés) par l’armée et la police. Les véhicules et commerces palestiniens sont, par contre, complètement prohibés.
Nous passons le checkpoint sans problème, mais un policier nous surveille de près et scrute nos étranges gilets à poches. La rue est déserte. Nous passons devant la colonie Beit Hadassah, bâtiment palestinien ayant notamment abrité une école, occupé par des colons israéliens depuis la fin des années 70. Toujours personne en vue. Mon collègue prend place en haut des escaliers qui mènent à Cordoba School, de sorte à avoir une bonne vue sur toute la rue. Je vais m’asseoir sur le muret un peu plus loin, près de la porte d’entrée.
7 :50 – Tous les enfants sont arrivés. Ils ont l’habitude de nous voir et nous saluent la plupart du temps, quand ils passent devant nous. Chaque matin, je discute un moment avec Ishrak et Sundus, 15 ans. Elles ont un excellent niveau d’anglais et m’apprennent des mots en arabe. Puis la directrice nous reçoit dans son bureau quelques minutes. Rien de particulier à signaler aujourd’hui et c’est tant mieux. Certains jours, notamment lors de fêtes religieuses juives, quand les enfants de colons ont congé, la situation peut vite dégénérer. Et il ne faut pas trop compter sur les soldats ou la police pour faire régner l’ordre. Par contre, lorsqu’il s’agit de nous expulser de la zone sans raison, ils savent se manifester. La directrice nous informe également que la semaine passée, des pierres ont été jetées contre les vitres et ont cassé des carreaux. Ci-dessous, une photo de la porte d’entrée de l’école:

A chaque fois que je vois une étoile de David vulgairement sprayée sur un bâtiment palestinien, dans cette partie de la ville sous autorité israélienne, je ne peux m’empêcher d’avoir des flashs : Berlin, 1938… C’est complètement absurde !
8 :30 – Pause-café chez « Tiger », ou plutôt pause jus de fruit, puisqu’il est le propriétaire d’un magasin au centre-ville qui fait d’excellent jus d’orange, pamplemousse, carotte, etc. La leçon d’arabe continue : Ana biddi = j’aimerais… j’ai oublié la suite ! Pas grave, on repassera demain.
9 :30 – On continue notre chemin en direction du Vieux Souk. Si vous cherchez à acheter des articles improbables, tels des mégots de cigarettes usagés ou du chou-fleur teint en rose fluo, vous êtes au bon endroit… Nous nous arrêtons à la boutique de Nawwal et sa sœur Leila, qui nous accueillent toujours avec plaisir. Et avec une tasse de thé ! Dans leur échoppe, on trouve essentiellement des sacs, sacoches, robes et keffieh brodés à la main par des femmes dans le cadre d’une coopérative.

Nawwal nous explique que les affaires ne vont pas très fort dans la vieille ville d’Hébron. Les clients se font de plus en plus rare en raison des tensions résultant de la présence de colonies dans cette zone. Et qui dit présence de colons dit également omniprésence de l’armée… Par conséquent, des centaines de commerces ont dû fermer depuis l’an 2000, que ce soit sur ordre militaire ou simplement parce qu’ils ne font plus recette. Par endroit, on se croirait dans une ville fantôme, avec toutes ces portes closes :

Cela dit, Nawwal et Leila restent positives. Mais elles ne nous cachent pas non plus qu’elles attendent avec impatience le prochain groupe de touristes qui traversera le souk… (à suivre)

cool, heureux de pouvoir suivre tes aventures à travers ton blog, c'est un plaisir que de te lire au travail.
RépondreSupprimerbises
Stéphane
Bravo Super Jo!
RépondreSupprimerContinue de nous informer et nous faire... réfléchir. Vas-y à fond et pas de souci, tu peux prendre ton temps: Y a plus de billet pour Paléo!
Bise Michou